rédigé par Sorany Gagnon Nguon, courtière en assurance de dommages des particuliers chez Boyer Tessier Assurances

 

À la réception de votre renouvellement d’assurance, vous constatez que votre prime a fait un bond significatif. Pourtant, vous êtes un client de longue date et votre dossier est irréprochable.

Pourquoi ça coûte plus cher ? Cet article vous offre un tour d’horizon en trois parties.

1. L’appétit des assureurs

Si vous avez déjà contacté un cabinet de courtage pour obtenir une soumission, vous avez peut-être été surpris par le nombre de questions posées. Le rôle du courtier est alors de brosser un portrait clair du risque que vous représentez, tout en cernant vos besoins de protection. Le courtier fait ensuite un tour du marché. À cette étape, vos informations sont confrontées aux lignes directrices des assureurs avec qui le cabinet fait affaire.

C’est ici que la magie s’opère : pour certains assureurs, votre profil sera jugé « alléchant » ; pour d’autres, la prime offerte sera particulièrement élevée, reflétant un intérêt moindre pour votre type de risque. Par exemple, une compagnie d’assurance spécialisée en véhicules électriques pourrait décider d’offrir des tarifs dissuasifs aux propriétaires de véhicules antiques. À l’inverse, une autre compagnie pourrait appliquer une surprime importante aux véhicules électriques si son modèle d’affaires considère que les coûts de réparation de leurs batteries représentent un risque financier trop élevé.

En effet, les assureurs n’ont pas tous le même « appétit ». Chaque compagnie possède ses propres règles et critères afin de déterminer si un risque est acceptable, sous quelles conditions et à quel prix. Le courtier agit donc comme un guide pour vous diriger vers l’assureur dont l’ « appétit » correspond le mieux à votre situation. Il collabore souvent avec le souscripteur, qui est comme le « douanier » de l’assureur. Face aux dossiers plus complexes ou qui soulèvent des drapeaux rouges, c’est la souscription qui décide si ça passe… ou si ça casse !

Or, tout n’est pas une question de stratégie d’affaires. La prime d’assurance est le résultat de calculs actuariels complexes basés sur une multitude de facteurs significatifs.

2. La tirelire collective

Imaginez que l’assurance est une immense tirelire partagée entre des milliers de Québécois. Pour fonctionner, cette tirelire doit contenir suffisamment d’argent pour indemniser tous ceux qui subiront un sinistre durant l’année. Chacun y dépose donc sa part pour éviter qu’elle ne se vide.

Le principe est simple : plus vos chances de devoir « piger » dans la tirelire sont élevées, plus votre contribution est importante.

L’actuaire : un acteur discret mais essentiel

L’actuaire est un expert en statistiques et en probabilités. Il travaille dans l’ombre pour prédire la fréquence de chaque type de sinistre et leur coût moyen sur une année donnée. Pour y parvenir, il s’appuie sur l’analyse de millions de données passées. Ces prédictions lui permettent de calculer le montant total dont l’assureur aura besoin pour faire face aux pertes prévues, tout en restant solvable. Elles lui permettent également d’établir un taux de base pour chaque type de bien assurable.

Pour affiner ce taux, l’actuaire pousse son analyse pour y inclure des facteurs plus précis comme :

  •  l’année, la marque et le modèle du véhicule ;
  •  le type et l’âge des différentes composantes d’une maison ;
  •  la taille et le secteur d’activité d’une entreprise ;
  •  l’âge, le sexe, la cote de crédit, l’ancienneté en assurance, l’historique de réclamations, etc.

Il établit ainsi des modèles de prédiction du risque et de tarification dont l’assureur se sert pour gérer et optimiser son portefeuille.

En fonction des particularités de votre profil, des rabais ou des surcharges sont appliqués aux taux de base afin que votre contribution reflète le plus fidèlement possible le risque que vous apportez à la collectivité.

En somme, le montant que vous versez pour votre assurance remplit trois fonctions essentielles :

  1. Mutualisation du risque : Votre prime alimente le fonds commun (la « tirelire ») dédié à l’indemnisation de l’ensemble des sinistrés.
  2. Soutien des opérations : Elle couvre les frais de gestion nécessaires au fonctionnement quotidien de l’assureur.
  3. Solvabilité et sécurité financière : Elle permet à l’assureur de constituer des provisions qui lui permettent face aux périodes difficiles tout en restant solide financièrement.

3. L’inflation et la sinistralité globale

Même avec un dossier parfait, votre prime peut augmenter. Pourquoi ? Parce que la « tirelire collective » doit s’adapter à un contexte économique et social en constante évolution.

Plusieurs facteurs externes viennent influencer le coût global des réclamations.

En voici quelques exemples :

Les sinistres climatiques

Le Québec connait une augmentation de la fréquence et de l’intensité des phénomènes météorologiques extrêmes.

On se souviendra de la tempête Debby en 2024, qui est entrée dans l’histoire comme la catastrophe climatique la plus coûteuse de la province, dépassant la crise du verglas de 1998.

Ces événements ne sont plus exceptionnels : ils sont devenus une constante que l’actuaire doit intégrer dans ses modèles pour garantir que l’assureur sera en moyen d’indemniser les sinistrés de demain.

Le choc technologique

Aujourd’hui, réparer ou remplacer un véhicule coûte de plus en plus cher. La complexité des nouvelles technologies demande des pièces généralement plus chères et une main-d’œuvre hautement spécialisée.

Prenons l’exemple d’une roche venue fissurer votre pare-brise « intelligents » : l’assureur devra payer le remplacement du verre, mais également le temps supplémentaire passé à recalibrer les caméras intégrées qui participent au système d’aide à la conduite.

La pénurie de main-d’œuvre

La rareté des travailleurs qualifiés et spécialisés dans les secteurs de l’automobile et de la construction se traduit non seulement par des délais de livraison plus longs, mais aussi par une hausse des tarifs horaires.

L’assureur doit payer plus cher pour chaque heure de travail, ce qui a une incidence directe sur le montant des primes pour tous les assurés.

L’évolution de la criminalité

La sophistication des réseaux criminels augmente non seulement le nombre de vols, mais aussi la valeur des véhicules volés, pesant lourdement sur la portion automobile de la « tirelire ».

Conclusion

Le renouvellement est le moment idéal pour faire le point. Si votre prime a augmenté, parlez-en à votre courtier ( contactez votre courtier ) : il pourra vérifier si votre protection est toujours adaptée ou si, cette année, un autre assureur affiche un meilleur « appétit » pour votre profil.